Maurice Daubard - Le Yogi des Extrêmes
   


 

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Expedition au Tibet Septembre 2006 - Texte de Maurice Daubard pour Yoga Info magazine


 


Depuis quelques années, Madame Zanoletti Graziella fréquente mes stages assidûment. Nous sommes devenus amis. Elle règne sur un empire de location de voitures de luxe (www.eliterent.com) et a été élue première femme d´affaires à Genève. Elle a fondé une œuvre internationale qui regroupe une association pour la défense des droits de la femme en Afghanistan, de l’enfant en Indochine, de la défense de l’environnement en Amérique du Sud.

Il y a quelques années, Mme Zanoletti m’a invité à l’accompagner au Tibet dans un monastère de religieuses pratiquant le toumo. Bien sûr je me suis mis à rêver de cette expédition qu’elle voulait organiser avec Mme Carroll Dunham, une Américaine spécialisée dans la médecine ayurvédique (médecine traditionnelle tibétaine) qui vit à Kathmandu au Népal et aux États-Unis. Une expédition difficile à organiser de par le grand nombre de personnalités impliquées dans ce voyage. Cependant le miracle se produisit. Pour ma part, je n’étais pas vraiment prêt à partir si soudainement car la décision fut finalement prise assez rapidement. Mais j’ai tout de même pu me lancer dans l’aventure au dernier moment.

Voici la composition de notre groupe : Graziella Zanoletti, Carroll Dunham, Marcia Schmidt (États-Unis, pratique la médecine tibétaine, vit au Népal), Frances Howland (Etats-Unis, infirmière, vit au Népal), Ani Tenzin Chozon (Canada, traductrice, nonne, vit en Inde), Aximino (lama tibétain, traducteur et guide), Jennifer Schwerin (Royaume-Uni, réalisatrice), Docteur Kelsang (Tibet, médecin, traducteur et guide de l’expédition), et Scylia Achèche (France, Publique Relation dans cette aventure) et moi-même.


Bouddha

 

Les deux objectifs de cette mission étaient une œuvre médicale (apport de médicaments, formation aux soins, ouverture d’une cellule de soins (clinique) pour tous les malades de la région et établir un lien entre le toumo tibétain et le toumo occidental, que je représente.

Le 2 Septembre 2006, je prends un train pour rejoindre Graziella chez elle à Genève, afin de m´y reposer car je viens juste de terminer une semaine d’enseignement à Zinal en Suisse (Union Européenne de Yoga) pour un groupe de 75 personnes, après avoir achevé auparavant 4 semaines de stages d’été au sein de mon centre de Yoga et Toumo à Saint-Aubin le Monial (03).

Scylia nous rejoint pour prendre l’avion à Zurich. Escale à Doha, puis à Pékin, pour atterrir à Xining en Chine où nous attendaient nos voitures tout-terrain avec nos chauffeurs. Après quelques jours de visites de monastères, notre expédition met le cap vers le nord-est pour atteindre les deux monastères de Dechen Ling et Gebchak, complètement isolés à près de 5.000 m d’altitude, et très difficile d’accès.

Plusieurs centaines de religieuses, pratiquant le toumo, y vivent. Pour y accéder, il faut emprunter des pistes défoncées en bord de précipice. Très peu d’occidentaux, depuis la venue d’Alexandra David-Neel, sont passés par ces lieux d’une beauté sauvage.

Cette région de hauts plateaux, très ancienne, est annexée depuis longtemps par les Chinois. Nous sommes donc en Chine même si la plupart des habitants sont tibétains. Ce n’est que plus tard que nous franchirons la frontière Tibétaine annexée depuis les années cinquante où la pression chinoise est forte.


 


Les nonnes vivent dans des conditions de pauvreté extrême. Malgré tout, elles ont su garder une joie de vivre et un dévouement rempli de compassion exemplaire. Elles dorment dans une petite caisse en bois de 1 mètre carré où il est impossible de s’allonger. Le matin, avant le lever du jour, elles grimpent sur le toit de leur cellule pour pratiquer le toumo. Ces techniques sont absolument secrètes. Nous ne sommes pas autorisés à y participer.

Ces monastères sont dispersés et accrochés aux pleines parois rocheuses à pic, donnant l’impression de s’écrouler à chaque instant. Ce sont des lieux vertigineux.

Nous devons laisser à un moment donné nos véhicules tout terrain car la piste n’existe plus. Pour continuer, deux solutions : marcher ou à cheval. Nous choisissons les chevaux, dont certains portent nos bagages. Périple impressionnant en bordure de précipice dans une montagne rude où chacun doit maîtriser le vertige même si les petits chevaux tibétains ont le pied montagnard.

Je dois avouer que je suis très honoré d’appartenir à cette expédition. Mon rôle est de faire le lien entre mes pratiques du toumo occidental et le toumo tibétain. Il existe une différence énorme entre le toumo tibétain, discipline secrète et d’ordre spirituel, et le toumo occidental qui se limite pour le moment à une recherche d’harmonie et de santé de vie.


Potala

 

Le lien que j’espérais trouver ici est loin d’être défavorable, bien au contraire. Il ne nous est pas possible de faire comme nous le faisons en Europe sur le froid, afin de constater les réactions, car les religieuses pratiquant le toumo ne l’accepteraient pas.

Cependant, j’ai eu de grands moments d’entretien et d’amitié avec le docteur Kelsang sur tous ces sujets. Il s’est beaucoup intéressé à ce travail que je mène en Europe. Je lui ai d’ailleurs proposé de faire partie de notre équipe de recherche. Il n’imaginait pas qu’il existait un travail déjà entrepris sur la recherche du froid par rapport à la santé en Europe.

D’autre part, dans six des monastères que nous avons visités, j’ai eu le privilège d’être reçu par cinq Rinpochés et la doyenne d’un des monastères. Au cours de cérémonies très émouvantes et après la remise d’écharpes sacrées, ils m’ont tous dit la même chose : il était écrit que nous devions nous rencontrer, non pas du fait du hasard, mais bien parce qu’il existe un lien très fort entre eux et moi-même, reliés par des vies antérieures. Ils continueraient à m’inspirer et à prier pour moi. De la sorte, ils me confirmaient l´influence et toute la responsabilité de mon travail en Europe. Tous ces échanges ont été pris en notes, filmés, et photographiés. Scylia Achèche a été mon interprète pendant ce voyage, et une bonne partie des notes qu’elle a prises personnellement servira de support pour le projet du livre qu’elle veut écrire à mon sujet.

Notre mission terminée, nous avons pris le chemin du retour, et nous avons rejoint Lhassa la capitale du Tibet, après 4 jours de voiture, sur les mêmes pistes infernales. Lhassa n’est rien de ce qu’elle a pu être, et elle est maintenant relookée à la manière chinoise. Malgré la pression incessante, les Tibétains continuent calmement à réciter les mantras et à faire tourner leurs moulins à prières.

Après 3 jours passés à Lhassa, nous avons pris congé du Docteur Kelsang et du reste de l’équipe, pour nous rendre, Graziella, Scylia, Carroll et moi-même, à Kathmandu au Népal. Là, nous avons visité deux monastères où nous avons rencontré deux rinpochés pour des entretiens personnels et émouvants.

Au dernier soir, avant de reprendre l’avion pour la France, j’écoute de notre hôtel les bruits au loin de Kathmandu, la nuit ayant pris le relais du jour dans un même tourbillon des rues encombrées, dans le concert des klaxons et des désordres de la circulation. Un chien tout près hurle sa douleur ! Peut-être d’avoir été heurté par une voiture ? Demain je serai soulagé, heureux de rentrer chez moi, de quitter toute cette infortune, tant de difficultés pour survivre… Retrouver la France, notre si beau pays, où nous ne sommes (malheureusement) pas si heureux dans nos confortables privilèges… Et eux là-bas, heureux dans leur pauvreté…

Maurice Daubard